Ekaterina Veleva : impulser la mobilisation contre la traite des êtres humains en Bulgarie

 

Ekaterina Veleva

La Fondation Pulse - qui est partenaire d'AEDH depuis 2007 - est engagée en Bulgarie dans la lutte contre le trafic des personnes et la défense des femmes victimes de la traite. Dans cet entretien, Ekaterina Veleva, présidente de la Fondation Pulse, nous présente les objectifs et les actions de son organisation.

Pouvez-vous nous rappeler comment est née la Fondation Pulse?  

Ekaterina Veleva : La Fondation PULSE a été créée à l’initiative de trois femmes bulgares, Tatiana Arsova, Yana Katsarova et moi-même. Nous étions thérapeutes et engagées comme bénévoles dans une association de défense des droits des femmes, à Sofia, la capitale de la Bulgarie. Nous nous sommes rendu compte qu’une grande partie des appels téléphoniques que nous recevions provenaient de femmes habitant la ville de Pernik. C’est ce qui nous a poussé en 1999 à créer notre propre organisation à Pernik, avec pour mission de contribuer à construire une société fondée sur la non-violence et l’égalité des genres.

Pourquoi la ville de Pernik est-elle un lieu d’action stratégique pour Pulse ?

EK : D’une part, Pernik se trouve sur la route du trafic des personnes vers la Grèce. D’autre part, c’est une ville industrielle, construite pendant la période socialiste, où le chômage sévit fortement et ce malgré le développement économique de la ville. Depuis son adhésion à l’Union européenne en 2007 et l’ouverture de ses frontières, la Bulgarie doit faire face à une fuite de ses cerveaux et à des flux migratoires illégaux.  

Quelles sont les principales activités menées par Pulse?

EK : Nos actions se focalisent essentiellement sur la prévention et la lutte contre les violences domestiques à l’encontre des femmes et des enfants et contre le trafic d’êtres humains. Dans le cadre de notre programme de réhabilitation des victimes de violences et de la traite, nous avons mis en place, à partir 2010, un Centre d’accueil où sont développées plusieurs activités : médiation sociale, travail avec les familles des victimes, dépistage des maladies sexuellement transmissibles, assistance juridique... En 2013, nous avons hébergé une vingtaine de femmes. Actuellement, nous organisons des actions de prévention sur le problème de la traite dans les écoles de la région de Pernik. Des bénévoles de la maison des jeunes « Let’s be friend » sont également associés à ces actions destinées à sensibiliser plus de 1000 étudiants.

Quels sont vos partenaires de terrain et vos soutiens financiers ?

EK : Il existe cinq organisations qui travaillent sur la problématique de la traite des personnes dans la région de Pernik mais seules la Fondation Pulse et « Animous », la plus grande association de la région, ont la capacité d’accueillir et de loger les victimes. Nous travaillions souvent ensemble. Nous collaborons également avec plusieurs centres d’accueil en Slovaquie et un en Allemagne, à Francfort.

Nous sommes soutenus notamment par la Fondation OAK pour la prise en charge de cas d’enfants victimes d’abus sexuels et par la Commission européenne pour un projet centré sur l’échange d’informations et de pratiques entre acteurs travaillant dans notre domaine, ainsi que par les Ministères bulgares de la Justice et de la Santé et par le Fonds Mondial pour les Femmes. Parmi nos divers soutiens financiers, celui apporté par AEDH est essentiel dans la mesure où il permet de fournir une assistance de qualité aux victimes prises en charge par notre association.

Aujourd’hui, quel est le plus important défi et les principaux obstacles auxquels Pulse est confrontée ?

EK : Notre principal challenge est d’apporter l’aide la plus appropriée et la plus professionnelle possible aux femmes victimes de violences et de la traite. Le dysfonctionnement du système judiciaire constitue l’obstacle majeur : les cas de condamnations prononcées à l’encontre des organisateurs du trafic des personnes demeurent très rares en Bulgarie. De plus, malgré l’existence d’une loi de 2005 concernant les victimes de violences domestiques, nous souffrons d’une réelle absence de politique sociale nationale pour la protection des victimes et des témoins. C’est pourquoi la Fondation Pulse se mobilise aujourd’hui pour que la Bulgarie ratifie la Convention d’Istanbul sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique.

 

Submit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn

Tous les témoignages