Défendre les droits des enfants coûte que coûte

 

Samba Mwanas

Au Gabon, l’association Samba Mwanas œuvre pour la promotion et la protection des droits de l’enfant. Engagée contre les violences sexuelles commises à l’égard des enfants, elle souhaite briser le tabou par la sensibilisation et accueille de jeunes victimes à qui elle propose un accompagnement médical, social et juridique. Samba Mwanas a bénéficié du soutien d’AEDH dans le cadre du projet DEFI. Témoignage de sa présidente, Hortense Nname, contrainte de fuir le pays après les élections présidentielles d’août 2016.

AEDH : Quelle est la situation des droits des enfants au Gabon ?

Les droits des enfants sont-ils respectés au Gabon ? L’État a ratifié la Convention relative aux droits de l’enfant. Pourtant, l’éducation pour tous reste une promesse non tenue. Trop d’enfants ne peuvent aller à l’école en raison de la pauvreté, de l’exclusion sociale et de conflits politiques sans fin. L’enregistrement des naissances à l’état civil n’est également pas systématique, privant de nombreux enfants de leur identité. 

L’État doit garantir aux enfants le droit de grandir dans un environnement qui les protège de la violence, des abus sexuels, de l’exploitation, de la maltraitance et de la discrimination. Chacun d’entre nous doit se sentir concerné par la protection des enfants et œuvrer en ce sens au sein de la communauté.  

Il s’agit d’un combat de longue haleine pour faire évoluer les mentalités, les coutumes et les lois. Pour citer Kofi Annan, ex-secrétaire général des Nations unies "Rien n’est plus important que de bâtir un monde dans lequel tous nos enfants auront la possibilité de réaliser pleinement leur potentiel et de grandir en bonne santé, dans la paix et dans la dignité".

AEDH : Dans quel contexte Samba Mwanas a-t-elle été créée ? Quelles sont vos missions principales ?

Organisation à vocation humanitaire, Samba Mwanas s’est constituée en 2009. Jeune association, elle s’est intéressée à l’enfance sans vision et objectif précis. À partir de 2012, elle s’est alarmée du nombre important de violences sexuelles commises à l’encontre d’enfants, de la légèreté avec laquelle les médias relataient ces faits et de l’indifférence qu’ils suscitaient auprès de la population. Ce constat nous a poussés à aller dans les établissements scolaires pour discuter avec les élèves, loin de leurs familles.

Nous nous sommes alors associés à une campagne internationale de mobilisation de la société civile visant à éliminer toute violence et abus contre les enfants et les jeunes.

En trois semaines, nous avons sensibilisé 1 620 élèves dans 20 écoles et identifié parmi eux 160 victimes d’abus sexuels. Nous avons également réalisé, avec les enfants, un spot de prévention diffusé sur la chaîne nationale Gabon TV. Notre action a reçu les encouragements du rapporteur spécial de l’ONU. Nous l’avons par la suite étendue à l’ensemble du territoire et pu dresser un état des lieux alarmant de la situation.

Aujourd’hui, les principales missions de Samba Mwanas sont de promouvoir et protéger les droits de l’enfant et du jeune ; de dresser un état des lieux des abus sexuels et violences perpétrés contre les enfants ; de sensibiliser les populations ; de plaider auprès des autorités et d’accompagner au niveau psychosocial et judiciaire les enfants victimes.

AEDH : Quel est le contexte politique actuel au Gabon ? En quoi cela influe-t-il sur les actions de l'association ? 

La question est embarrassante. En y répondant, je m’expose et expose mes collègues au Gabon. Cependant, prendre le risque d’accepter cet interview est un moyen d’alerter une fois de plus l’opinion internationale sur la situation des droits de l’enfant, pour que des actions concrètes soient mises en œuvre en faveur de cette jeunesse en détresse.

Depuis les violences ayant suivi les élections présidentielles contestées de 2016, le Gabon semble être piloté à vue. Il est difficile d’avoir confiance en l’avenir. Je ne peux rester indifférente devant les violences commises à l’encontre des jeunes et les difficultés rencontrées par les victimes pour obtenir réparation alors qu’elles sont confrontées aux déficiences de la justice et au non-respect des règles prescrites tant par le droit international que par la législation nationale.

Sur ce terrain glissant, Samba Mwanas doit être vigilante et éviter de se confronter aux politiques, même si parfois, la passion domine la sagesse. Nos actions sont donc très limitées depuis un an. Nous assistons avec impuissance au sacrifice de la jeunesse gabonaise que nous avions pris l’engagement de défendre !

AEDH : Que retient Samba Mwanas de la collaboration avec AEDH ?

AEDH nous a apportée un appui multiforme. Elle nous a accompagnée sur de la formation, du suivi, de l'évaluation. Elle a également mobilisé son Fonds d'urgence pour ma relocalisation. Je tiens à exprimer ma reconnaissance à l'équipe, aux volontaires, au Conseil d'Administration et plus particulièrement à Joël Phalip et Faouzi Boujnaih.

 

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