Colombie : le long chemin vers la paix

 

2017 03 fundepaz

Après plus de cinquante ans de conflit, l’accord de paix signé entre la Colombie et les FARC a été rejeté par référendum en septembre dernier. Mais le processus s’est poursuivi avec la ratification d’un nouveau traité fin 2016 ; le chemin vers la paix s'avère difficile, la situation est complexe et ne se limite guère à un strict conflit armé.

AEDH a interrogé deux partenaires colombiens engagés dans des territoires différents : Sembrar accompagne et défend des campesinos dans un territoire à enjeu foncier important (agriculture, exploitation aurifère) et Fundepaz tient un observatoire des atteintes aux droits de l’Homme dans le Sud du pays, secteur de culture de coca, de production et de trafic de cocaïne. Ils nous livrent leur analyse respective.

AEDH : De quelle paix s’agit-il ?

Nos interlocuteurs tiennent à spécifier la différence entre la paix signée par l’Etat et les FARC et les formes de conflits sociaux, économiques et politiques qui gangrènent le pays.

Sembrar : Au moment même où la réconciliation se négocie, une série d’actes violents, assassinats et intimidations contre des leaders sociaux se produisent en zones rurales, autant de stratégies pour expulser de leurs terres les petits paysans, les mineurs et les populations indigènes. La possession des terres par les intérêts capitalistes est toujours d’actualité. Un campesinos nous a déclaré : "on continue à nous accuser d’être guérillero ou collaborateur de la guérilla pour nier notre existence, nous chasser de nos terres".

Fundepaz : Nous avons constaté une nette diminution des actes de guerre (rapts, attentats...) liés au conflit entre l’Etat et la guérilla. Les FARC ont cessé d’intervenir et rejoignent les terres qui leur ont été affectées dans le cadre du traité. Mais la violence liée au narcotrafic est toujours là, comme à Tumaco, ville de 200 000 habitants qui subit l’occupation de bandes armées : libertés de circulation et d’expression muselées, disparitions de jeunes enrôlés de force...

AEDH : Comment envisager la poursuite du processus ?

Pour les deux acteurs, l’implication de la société civile est primordiale.

Sembrar : Nous ne pourrons aller vers la paix sans impliquer les communautés locales ; or cette  implication a été réduite dans le dernier accord et ni l'Etat ni les pouvoirs locaux ne la souhaitent. Notre travail actuel consiste à organiser des ateliers avec les communautés rurales afin d’engager un travail de mémoire sur les violences subies et de définir ce que représente concrètement la paix au niveau politique et social, dans l’obtention des droits fondamentaux, le respect des droits humains, la réconciliation…

Fundepaz : La citoyenneté constituera un levier majeur pour obtenir la paix. L'implication par exemple des familles de disparus est une nécessité pour enquêter et retrouver les traces de ces personnes. Nous menons aussi des actions de vigilance et d’intervention citoyenne pour vérifier que les accords sont respectés, comme vérifier que l’Etat attribue correctement les moyens alloués au regroupement des FARC. Partout, les femmes colombiennes ont un rôle déterminant dans ces démarches, malgré les blocages exercés par les pouvoirs locaux.

AEDH : Que faire pour soutenir cette marche vers la paix ?

Ici, les deux organisations ont une parole similaire : le soutien aux associations locales est essentiel.

Sembrar : La paix ne peut se réduire à un accord national entre l’Etat et les groupes armés : les associations locales doivent rester vigilantes et dénoncer les formes de violence et d’atteintes aux droits sous-jacentes au conflit. Il faut que des moyens leur parviennent pour s’organiser et agir.

Fundepaz : Nous craignons aussi que les aides internationales ne soient orientées que vers l’Etat et les pouvoirs locaux souvent corrompus. La paix suppose la participation des populations locales, concernées au premier chef par le conflit armé. Sans oublier l’action du réseau international de soutien et de solidarité, nécessaire au respect des droits et à la dénonciation des actes de violence.

Le réseau France Colombie Solidarités, dont AEDH fait partie, organise les 17 et 18 octobre 2017 un rassemblement à Grenoble sur le processus de paix en Colombie.

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