Vietnam : le président du CVDDH lance l'alerte

 

2016 12 Vo Van Ai

Vo Van Ai est un défenseur des droits humains vietnamien, journaliste, historien et poète. Arrêté et torturé à l’âge de 11 ans pour sa participation au mouvement d’indépendance du Vietnam, il est aujourd'hui Président fondateur du Comité Vietnam pour la Défense des Droits de l’Homme (CVDDH). Il n’a cessé d’agir pour la défense de la paix et de la démocratie.

Il nous alerte sur la persistance des violations des droits humains perpétrées par le régime communiste vietnamien.

AEDH : Quel bilan dressez-vous de la situation politique et des droits de l'homme au Vietnam ?

Vo Van Ai : 2016 a été une année noire pour les droits de l’Homme ! En janvier, le 12ème Congrès du Parti Communiste Vietnamien a mis au pouvoir des dirigeants issus de l’armée et des forces sécuritaires. Le Président Trần Đại Quang (ancien Ministre de la Sécurité Publique) a annoncé la couleur : sa priorité est de combattre « les forces hostiles et réactionnaires », c’est à dire la dissidence, en mobilisant l’armée, la police et les forces de sécurité. Au moins 20 membres de la société civile ont été arrêtés en 2016. Ce qui est vraiment inquiétant, c’est que l’article 79 du Code pénal a repris du service. Il punit les « activités visant à renverser l’administration du peuple » sans distinguer les activités violentes du simple exercice des libertés fondamentales. Le gouvernement invoque une situation prétendument insurrectionnelle afin de réprimer brutalement des militants pacifiques ou des défenseurs des droits de l’Homme.

AEDH : Le Vietnam est devenu une économie en forte croissance qui offre de nombreuses perspectives pour les exportations européennes. Un accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Vietnam est en phase d’adoption. Selon vous, cet accord intègre-t-il des garde-fous satisfaisants en matière de défense des droits de l’Homme ?

V.V.A. : L’accord de libre-échange UE-Vietnam nous préoccupe beaucoup. La Commission européenne ne se préoccupe guère des droits de l'Homme. Cet accord devait être précédé d’une étude d’impact sur les droits humains qui n’a pas eu lieu, ce qui a été dénoncé par le Médiateur européen suite à la plainte que nous avions déposée avec la Fédération Internationale des Droits de l'Homme. Mais la Commission a ignoré l'avis du Médiateur et l’a accusé d’avoir outrepassé ses prérogatives.

Les risques de l’ouverture des marchés existent bel et bien, surtout pour les populations les plus fragiles. Au Vietnam, la plupart des PME sont des entreprises familiales qui ne tiendront pas le choc de la concurrence si aucune mesure de protection n’est prévue. L’ouverture du marché risque également de menacer les paysans, trop souvent dépossédés de leurs terres et sans recours efficaces contre les injustices.

AEDH : Le gouvernement poursuit un vaste programme de réforme législative. Quel regard portez-vous sur ces réformes ?

V.V.A. : A côté de la répression brutale, le Vietnam renforce, avec la plus grande insolence, son arsenal législatif qui « légalise » toujours plus les pouvoirs et pratiques arbitraires des autorités. Il y a eu cette année la loi amendée sur la presse, la loi sur l’accès à l’information et tout récemment, en novembre, la loi sur les croyances et la religion qui ne semble satisfaire que le Bureau des Affaires Religieuses, tout heureux de disposer d’un instrument pour réprimer ceux qui « abusent de la religion pour menacer les intérêts de l’État ». Quant au Code pénal, les articles sur la sécurité nationale, qui servent à réprimer toute critique légitime, n’ont été ni retirés ni modifiés, si ce n’est pour étendre leur portée à la « préparation » (même purement intellectuelle) des prétendues atteintes à la sécurité nationale. Il y a donc un renforcement des outils répressifs.

AEDH :  Quelles sont les difficultés auxquelles font face les Vietnamiens en ce qui concerne les libertés d’expression et de religion ?

V.V.A : Les libertés d’expression et de religion sont vidées de leur substance car leur exercice est taxé d’« abus ». Quiconque les fait valoir risque l’emprisonnement, les harcèlements et la brutalité policière ou risque de se voir priver de ses droits sociaux (pensions, sécurité sociale, accès au travail ou à l’école...), ce qui est une répression moins visible mais tout aussi efficace.

AEDH : Quelle est la stratégie du CVDDH pour soutenir les défenseurs des droits humains indépendants au Vietnam?
V.V.A. : Notre stratégie repose sur deux axes. Le premier est de faire jouer la pression internationale sur le Vietnam, en travaillant avec l’ONU, l’Union européenne, les pays démocratiques et la presse. Le second est d’aider les défenseurs sur place en fournissant informations et conseils sur les droits humains, et, le cas échéant, en leur apportant une aide matérielle. Nos partenariats avec des organisations comme AEDH sont dès lors cruciaux.
 
 
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