Burundi : malgré une tentative d'assassinat, Pierre Claver continue à lutter pour la défense des droits de l'Homme

 Pierre Claver

Le 3 août 2015, notre ami Pierre Claver Mbonimpa, président de l’association burundaise APRODH, était victime d’une tentative d’assassinat. Grièvement blessé, il a dû être évacué vers la Belgique. Son gendre a été assassiné le 9 octobre 2015 et un de ses fils retrouvé mort le 6 novembre, quelques heures après avoir été arrêté par la police burundaise. Durement éprouvé et contraint à l’exil, Pierre Claver n’a pourtant pas renoncé à son engagement pour la défense des droits fondamentaux et l’Etat de droit. Il témoigne de la gravité de la situation que traverse son pays.


AEDH : Un an après l’entrée du Burundi dans une crise politique sanglante, suite à la décision du président Nkurunziza de se présenter à un troisième mandat, quel bilan dressez-vous de la situation sur le plan politique et sur celui des droits de l’Homme ?

Pierre Claver : Cette situation a provoqué de graves violations des droits de l’Homme. Du 26 avril 2015 au 26 avril 2016, l’APRODH a comptabilisé 738 personnes tuées. Le nombre de victimes est bien plus grand car il faut tenir compte de tous ceux et celles qui ont été jetés dans des fosses communes ou d’autres endroits clandestins ; qui ont été enlevés, torturés, violés, détenus arbitrairement, exécutés sommairement... Il faut tenir compte aussi de l’absence de liberté d’expression et de l’interdiction de manifester. Voilà ce qui a caractérisé ce maudit mandat, si je peux m’exprimer ainsi. Du 21 au 24 mai 2016, les parties en conflit ont été appelées à Arusha pour négocier (NDLR : le dialogue inter-burundais a repris sous l’égide d'un nouveau médiateur, l'ancien président tanzanien Benjamin Mkapa). Mais notre constat est qu’il y a un faux départ dans ces pourparlers, en raison du choix des parties en présence. Une délégation inclusive est plus que nécessaire pour garantir la réussite des négociations. Pierre Nkurunziza veut diviser les gens en fonction de leurs ethnies, pour se maintenir au pouvoir. Les jeunes tutsis sont stigmatisés et beaucoup sont tués ou enlevés et torturés. Cela menace de plonger le pays dans le chaos total.

AEDH : L’APRODH a été dissoute le 23 novembre 2015 et plus de 10 organisations de défense des droits de l’Homme ont vu leurs comptes bancaires gelés. La société civile burundaise peut-elle encore jouer un rôle dans la résolution du conflit ?

P.C. : Oui, la société civile joue et continuera à jouer un rôle car elle continue à travailler, même en exil. Le fait d’avoir sans motif légitime procédé à l’interdiction provisoire des organisations ou gelé leurs comptes ne change pas, sur le fond, le travail de la société civile même si, bien entendu, cela en diminue l’efficacité. Si la société civile peut être prise en compte dans les négociations, elle contribuera énormément à la résolution du conflit car elle a l’expérience de l’observation des acteurs politiques et elle connait le passé de ces derniers.

AEDH : Vous êtes réfugié en Belgique depuis le mois d’août 2015. Comment poursuivez-vous aujourd’hui votre engagement ?

P.C. : Je ne suis pas réfugié en tant que tel, bien que, évidemment, je ne puisse pas retourner au Burundi à l’heure actuelle. Je suis venu en Belgique pour être soigné et je continue toujours à recevoir des soins médicaux. Si la situation s’améliore, je serai le premier à rentrer dans mon pays ! Pour poursuivre mon engagement, j’ai constitué un bureau avec deux de mes collègues où nous continuons à centraliser les rapports. La structure de l’APRODH reste un atout pour nous permettre de continuer à recevoir des informations. Je mène aussi des activités de plaidoyer et de diffusion d’informations en Europe et ailleurs à travers le monde.

AEDH : Le 25 avril dernier, la Cour Pénale Internationale a décidé de l’ouverture d’un examen préliminaire concernant la situation au Burundi. Quelle est votre opinion et qu’attendez-vous de la communauté
internationale ?

P.C. : Je suis vraiment satisfait de la décision de la Cour Pénale Internationale. La CPI a trainé, car elle avait toutes les informations nécessaires en sa possession depuis un moment, mais mieux vaut tard que jamais ! Mon organisation est membre de la Coalition Burundaise pour la CPI. Elle pourra continuer à collaborer avec le bureau du Procureur de la CPI pour mener les enquêtes au mieux. Au vu du nombre de réunions concernant la situation burundaise et des visites réalisées sur place par des représentants des institutions et des ONG internationales, on peut espérer que la question du Burundi occupe une place prioritaire dans leurs agendas. J’attends de la communauté internationale, et particulièrement des acteurs politiques internationaux, qu’ils persistent dans le même sens mais délaissent les paroles au profit des actes concrets. Les défenseurs des droits humains burundais attendent aussi le soutien des organisations non gouvernementales étrangères.

 

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