Paroles de femmes mauritaniennes

Paroles de femmes mauritaniennes

Notre organisation a coordonné, entre septembre 2010 et septembre 2012, un programme de promotion et de défense des droits des femmes en République Islamique de Mauritanie : le programme FAM (Former et Agir en Mauritanie). Ce programme, subventionné par l’Union européenne et le CCFD-Terre Solidaire, était mis en œuvre sur le terrain par nos trois partenaires locaux : l’Association des Femmes Chefs de Famille (AFCF), l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme (AMDH) et l’association SOS-Esclaves. Dans ce cadre, des témoignages de femmes ont été recueillis dont nous reproduisons ici quelques extraits. Ils reflètent certains aspects de la dure réalité qui est celle des femmes mauritaniennes. Les illustrations ci-dessus sont quelques-uns des supports utilisés par nos partenaires dans leurs campagnes de sensibilisation.

L. : « Mon père, c’est lui qui a gâché ma vie. Ça me fait mal au cœur de parler de ça.... Mon père a dit : « Moi, je veux la marier ». Donc, un ami de mon père est venu me demander, il voulait me donner à son grand fils. C’est comme ça que mon mariage a eu lieu. Ça ne me plaisait pas du tout mais je ne pouvais pas refuser. Dans ce mariage-là, je n’ai jamais trouvé la paix. Mes frères, mes sœurs, ma mère n’étaient pas d’accord, mais c’est mon père le chef de famille et on ne peut pas discuter avec lui. Mes sœurs ne peuvent pas me défendre, mes frères ne peuvent rien dire, ma mère ne peut rien dire. ».

A. : « Ma grand-mère, c’est elle qui m’a fait le gavage. Quand elle a commencé ça, j’avais dans les 10 ans. Elle a pris une dame, uniquement pour me gaver, une spécialiste. Elle fait ça avec ses méthodes traditionnelles. Ça veut dire qu’elle frappe, elle me pince,  parfois elle prend mon doigt pour essayer de le tordre pour me forcer à manger. Elle est toujours à côté de moi. Si j’essaie de vomir, elle me frappe avec une corde ou un bâton, ou quelque chose de lourd. Après une période de six mois, j’ai commencé à grossir. Ma grand-mère était contente, pour elle c’était une marque de beauté des femmes. J’ai des déchirures sur le corps, pour elle, c’est quelque chose de joli. J’étais dans le programme de gavage de 10 à 17 ans. Je suis arrivée à 110 kilos. Aujourd’hui j’ai des problèmes de cœur, d’hypertension. J’ai des maux terribles dans ma tête et dans mon corps. »

D. : « Un jour on a trouvé une femme, blessée par son mari. Elle saignait, le sang coulait de sa tête, elle pleurait. Son mari a commencé à nous critiquer, à nous dire des mauvais mots mais nous, on ne l’a pas écouté. Il a refusé de laisser sa femme venir avec nous pour se faire soigner. Nous, on l’a quand même emmenée à l’hôpital. Le mari nous disait : « Tu vas faire connaître à ma femme des bêtises. La femme n’a aucun droit ! » Il criait : « Arrêtez de dire que la femme a droit de ceci, a droit de prendre, de vendre, a droit de faire des choses pareilles. Il faut pas nous gâter nos femmes ».  S. : « La femme doit travailler, c’est vrai ou pas ? Il y a des femmes, même quand elles le veulent, leur mari peut les empêcher de travailler. Ce n’est pas normal ! Moi je travaille, je ne suis pas empêchée par un mari parce que je ne suis pas mariée pour le moment… ».  

Am. : « Quand j’étais petite, ma famille avait des esclaves. Je considérais l’une d’elle comme ma mère. Quand j’ai appris que c’était une esclave, ça m’a beaucoup gêné, j’ai détesté ça. Très jeune j’ai commencé à les sensibiliser pour leur dire qu’ils ne devaient pas accepter leur condition ».

 

Submit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn