Interview de Roger Koudé, maître de conférences, enseignant chercheur à l’Institut des Droits de l'Homme de Lyon et membre du Conseil d'Administration d'AEDH

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—  « Contribuer à la formation des hommes et des femmes, issus de tous les continents, qui se destinent à être des fonctionnaires de l'Humanité dans toute sa diversité est quelque chose de très noble. » —

AEDH : Pourriez-vous revenir sur votre parcours associatif, académique et professionnel ?

Roger Koudé : Mon parcours associatif date du collège et de mon engagement dans le scoutisme ! En effet, l’apprentissage pratique des valeurs fondamentales de solidarité, d'entraide ou de respect de l’autre a été déterminant pour un enfant ayant grandi dans un contexte difficile comme celui du Tchad durant les années de guerre civile et d’occupation étrangère (libyenne).

Ensuite, c’est par le théâtre et la littérature engagée que mon horizon de compréhension du monde va s’étendre au-delà du contexte tchadien. à 14 ans, j’étais le Secrétaire général d’une troupe de théâtre (« Aigow », qui signifie victoire en langue locale) où jouaient également mes profes-seurs. Même si j’étais entouré de personnes plus mûres, notamment mes professeurs, ça a été une expérience marquante car j’avais la responsabilité administrative de la troupe. Et puis, jouer dans une pièce de théâtre comme «  L’Etudiant de Soweto  » ne vous laisse pas indifférent ! Il s’agit d’une œuvre de l’écrivain tchadien Maoundoé Naïndouba qui traite de la révolte des élèves et étudiants de Soweto en Afrique du Sud ségré-gationniste, une révolte réprimée dans le sang par la police de l’apartheid. Cette pièce de théâtre et la littérature engagée que je consommais sans modération à l’époque, m’ont fort logiquement porté à prendre conscience des injustices dans le monde ainsi que de la nécessité d’agir, même modestement, pour y remédier.

C’est donc dans cette même logique qu’après avoir milité brièvement dans le Club des jeunes poètes du Tchad, nous avons créé en 1993, avec quelques amis de la Faculté de Droit de l’Université de N’Djaména, l’Association Jeunesse Anti-Clavage (AJAC).
Cette association apolitique, véritable fer de lance de la jeunesse tchadienne durant la décennie 90, était pour nous un moyen idoine de pouvoir transformer profondément (et sur-tout positivement) la société tchadienne. Notre engagement inconditionnel pour les droits de l’Homme et la dignité de la personne humaine, notre oppo-sition ferme et sans concession à toutes formes de discrimination, nous ont valu une reconnaissance bien au-delà du Tchad, avec entre autres le Prix Shalom (Allemagne) en 1997 et le Prix des droits de l’Homme de la République française en 2000.

AEDH : Vous avez intégré le Conseil d'Administration d'AEDH en décembre dernier, qu'est-ce qui a motivé votre décision ?

RK : AEDH a été l’un des tous premiers partenaires inter-nationaux de l’AJAC et c’est grâce à son soutien financier que nous avons pu disposer de notre premier local à N’Djamena.
C’est donc logiquement qu’à mon arrivée à Lyon en 1997 pour mes études, je m’étais engagé comme volontaire à AEDH et j’ai toujours gardé le lien avec cette organisation.C’est dans la continuité de ce lien que s’explique ma décision d’intégrer le Conseil d’admi-nistration d’AEDH en décembre 2018.

AEDH : Quels sont les challenges qui vous animent aujourd'hui ?

RK : Cela fait maintenant douze ans que j’enseigne le Droit inter-national (plus spécifiquement le Droit international des droits de l’Homme, le Droit international humanitaire, le Droit international pénal...) à l’Institut des droits de l’Homme de Lyon (IDHL), en France et à l’étranger. Il s’agit des domaines essentiels pour la gouvernance mondiale où les défis sont de taille aujourd’hui! Certes, de nombreux progrès ont été réalisés dans ces domaines respectifs, mais il reste encore beaucoup à faire au vu, notamment, de l’engagement de l’Organisation des Nations Unies (ONU) pour préserver la dignité et la valeur de la personne humaine partout dans le monde (cf. Préambule de la Charte de l’ONU, §2). Aussi, contribuer à la formation des hommes et des femmes, issus de tous les continents, qui se destinent à être des fonctionnaires de l’Humanité dans toute sa diversité, est quelque chose de très noble et particulièrement motivant.

Tout ce qui précède cadre parfaitement avec la mission qui m’a été confiée depuis le 11 novembre 2017 par l’UNESCO, en me nommant Titulaire de la Chaire UNESCO « Mémoire, Cultures et Interculturalité »* de l’Université catholique de Lyon (UCLy). Il s’agit pour moi, avec le concours de l’équipe de chercheurs que je dirige, de contribuer à la réalisation des nobles objectifs de l’UNESCO par la production scientifique et par le développement d’un pôle d’excellence dans les domaines susvisés, qui relèvent du mandat conféré à notre Chaire. Bien évidemment, la tâche est immense! Mais elle est hautement noble et enthousiasmante.

*http://chaireunesco.ucly.fr/

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