Une situation tendue pour les organisations de la société civile et les défenseurs des libertés publiques

Caravane de lutte contre la Fraude electorale

Dès le mois de janvier, l’année 2019 s’est manifestée comme une année très turbulente tant pour les partis politiques que pour les organisations de la société civile (OSC) dont les activités sont axées sur la défense des droits humains et la démocratie.

Ce climat de tension sociale n’est pas nouveau, il a pris véritablement corps fin 2016 avec ce qu’on appelle aujourd’hui   « la crise anglophone » (LT#222).  
Il s’est intensifié pendant la période pré-électorale (ndlr : le scrutin de l’élection présidentielle a eu lieu le 7 octobre 2018) avec des discours haineux et des actes de violences perpétrés sur certains militants des partis politiques de l’opposition. La crise post électorale a démarré avec la revendication de la victoire par le candidat Maurice Kamto, du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC). Après la proclamation des résultats de l’élection présidentielle par le Conseil constitutionnel le 22 octobre 2018, le candidat Maurice Kamto et son parti politique ont appelé à des manifestations pacifiques sur l’ensemble du territoire national, pour protester contre lesdits résultats.

Depuis, des OSC dont les actions sont axées sur la démocratie et la défense des droits de l’Homme, vivent une situation   anxyogène. En effet, le gouvernement a choisi de répondre aux tensions sociales par la violence et les intimidations (filature par les agents de renseignement, appels anonymes, menaces téléphoniques...).
Les manifestations pacifiques et les réunions publiques sont systématiquement interdites par l’administration dès lors que l’objet a un lien avec la démocratie ou les droits de l’Homme. Toute tentative de braver l’interdiction de réunion ou de manifestation se solde par des arrestations suivies des déportations vers la capitale Yaoundé. Seul le parti au pouvoir et les organisations progouvernementales ont le droit de manifester librement.
A ce jour, Maurice Kamto et plus d’une centaine de partisans du MRC se trouvent incarcérés dans les maisons d’arrêts à Yaoundé. Les autres sont dans le collimateur du gouvernement pour leurs actions de dénonciation des multiples violations des engagements du Cameroun en matière de libertés publiques et protection des droits de l’Homme.

Depuis la veille du scrutin présidentiel, le siège de notre organisation Un Monde Avenir est sous surveillance policière : un pickup est constamment posté à quelques mètres de l’entrée principale. Au soir du 11 octobre, une collaboratrice a été interpellée à la sortie du bureau. Il a fallu l’intervention des autres collègues pour qu’elle soit libérée.  
Il en est de même pour mon domicile personnel, qui fait l’objet d’une surveillance depuis le mois d’octobre. Il ne se passe pas deux jours sans que je ne reçoive des informations concernant la présence d’agents des renseignements autour de mon domicile. Pendant la semaine suivant la proclamation des résultats de l’élection présidentielle, j’ai été suivi par 6 agents des renseignements pendant 7 jours. Je reçois personnellement et de manière régulière des coups de fil anonymes, de soi-disant sympathisants qui voudraient me rencontrer en privé. D’autres prétextent vouloir devenir membres de notre organisation. Par mesure de sécurité, l’ONG Un Monde Avenir a été obligée d’installer son siège dans un local loué pour la circonstance, par crainte de subir la perte de nos équipements et données, comme ce fut le cas en 2013 suite à un cambriolage de nos locaux.

Le 31 janvier dernier, nous avons été contraints de tenir au siège de l’organisation le point presse pour la présentation de notre rapport définitif des élections, parce que les salles publiques que nous avons contactées ont refusé de nous recevoir, par crainte de voir la police débarquer pour interdiction.  

En ce moment, les activités du MRC sont systématiquement interdites quel qu’en soit l’objet. Un climat de terreur règne au Cameroun, notamment sur tous les leaders politiques ou de la société civile jugés contestataires. Malheureusement, la situation se crispe davantage parce que 2019 est une nouvelle année électorale, avec les élections législatives et municipales.


 Philippe Nanga,
Coordinateur d'un Monde Avenir

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