Colombie : le Nariño toujours en quête de paix

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L'association colombienne FUNDEPAZ (Fundación Desarrollo y Paz) défend et promeut le respect des droits humains dans l’Etat du Nariño, à la frontière avec l’Équateur. Notre organisation, qui soutient FUNDEPAZ depuis 2004, a financé en 2017 son projet visant à impulser la participation citoyenne à la mise en place du processus de paix et à informer l’opinion publique et les autorités de la réalité des violations du Droit International Humanitaire (DIH) et des menaces qui pèsent sur les défenseurs des droits de l’Homme dans cette région. FUNDEPAZ vient de publier un rapport sur la situation de la violence dans l’État du Nariño en 2017*.

Après 50 ans de guerre civile et un accord de paix signé avec la guérilla des FARC en 2016, qu’en est-il de la normalisation de la vie politique en Colombie ? Quel est l’impact réel du processus en cours sur les populations locales ?
Sur ces interrogations, FUNDEPAZ  apporte un éclairage qui est loin d’être rassurant.  Son rapport met en lumière les tensions qui persistent en Colombie : tensions historiques liées au narcotrafic mais aussi tensions politiques et sociales qui impactent avant tout les populations civiles. Avec le retrait des deux principaux acteurs de la guerre, on assiste en quelque sorte à une mutation des formes de violence.

Le Nariño, département rural situé au sud-ouest de la Colombie, est une région pauvre et un des principaux territoires producteurs de coca. Il est aussi connu pour l’exploitation illégale des minerais, ressources disputées par toutes les parties au conflit qui s’affrontent encore pour le contrôle du territoire. Le Nariño est un microcosme des oppositions politiques et militaires qui continuent à faire rage dans tout le pays. Pour des raisons d’intérêt évidentes, la plupart des acteurs de ce conflit territorial sont hostiles au processus de paix. Ceux qui tentent de faire avancer les politiques locales dans le sens de la paix (en première ligne les défenseurs des droits humains et les leaders sociaux et communautaires) sont directement menacés.

Le rapport de FUNDEPAZ met en lumière la hausse significative des agressions et homicides recensés dans la région en 2017, après les baisses enregistrées en 2015 et 2016. Comment expliquer cette hausse de la violence ? Qu’est-ce que cela traduit du climat social en Colombie ?

Dans son rapport, FUNDEPAZ démontre que si le nombre des infractions au DIH et les actes de guerre continuent de reculer, les violences envers les défenseurs des droits humains (12,6 % des cas recensés) et les violences « politico-sociales » (57,4% des cas) ne cessent d’augmenter. FUNDEPAZ définit la violence politico-sociale comme une violence exercée par des personnes, organisations ou groupes, motivés par la lutte pour le pouvoir politique ou par « l’intolérance » envers les représentants d’autres idéologies, ethnies, religions, cultures, ou secteurs sociaux.

Cette violence se traduit par les actes de torture, les disparitions forcées, les persécutions, les attaques physiques, les rapts, les assassinats… Le retrait de l’armée régulière et la démobilisation des FARC n’auront pas suffi à apaiser les tensions politiques et sociales. Bien au contraire, le processus de paix a servi de prétexte aux autorités colombiennes pour se désengager de leurs responsabilités, notamment celles de protection des défenseurs menacés.

Comment remédier à cet engrenage de violence ? FUNDEPAZ recommande une plus grande implication des autorités étatiques et des organisations internationales, une meilleure coordination des organisations de la société civile, une sensibilisation des populations locales et des fonctionnaires d’État sur le travail réalisé par les défenseurs des droits humains et rappelle la nécessité de garantir la protection de ces derniers. Le chemin vers une paix effective et durable sera encore long dans le Nariño, comme sur tout le territoire colombien…

*Rapport consultable (en espagnol) via : https://drive.google.com/file/d/0BxTQZjRsxcbRVzZEdjFtakt6Yms/view

Noëmie Bertomeu Bianco-Dolino

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