Quelles perspectives pour la paix et les défenseurs des droits de l’Homme en Colombie ?

 

Colombie

Le 17 juin, Ivan Duque a remporté les élections présidentielles en Colombie, avec une confortable majorité. Soutenu par les secteurs les plus conservateurs et les partisans d’une droite dure, cet avocat quadragénaire était le candidat du Centro Democratico, le parti politique leader dans la campagne pour le « non » au référendum sur l'accord de paix signé entre le gouvernement colombien et la guérilla des FARC.
Ivan Duque est réputé proche de l’ancien président Alvaro Uribe qui, entre 2002 et 2010, a mené une guerre totale contre la guérilla et tenté de réduire au silence toute forme d’opposition au sein de la société civile.
L’élection de ce nouveau président risque-t-elle de remettre en cause le fragile processus de paix en Colombie ? Quelles seront les conséquences de cette nouvelle donne politique sur les défenseurs des droits humains et les militants sociaux colombiens dont la situation est déjà extrêmement préoccupante ?

Le 10 mai dernier, la Colombie a subi son «Examen Périodique Universel» devant le Conseil des Droits de l'Homme des Nations-Unies. L’ Examen Périodique Universel  (EPU ou UPR pour Universal Periodic Review) est un exercice auquel les 193 Etats membres de l’ONU doivent se livrer tous les cinq ans, à tour de rôle et devant leurs pairs, dans le cadre du Conseil des Droits de l’Homme siégeant à Genève. Il consiste à évaluer la situation des droits humains dans le pays concerné.

Les recommandations faites par la France à la Colombie à l’occasion de l’EPU ont concerné plus particulièrement l’accès à la terre, la question de l’impunité, le respect des droits des femmes, la mise en œuvre de l’accord de paix et la sécurité des défenseurs des droits humains. Plus de 25 Etats ont d’ailleurs interpellé la Colombie sur la question de la situation des défenseurs. En dépit de l’accord de paix signé en novembre 2016, la sécurité des défenseurs demeure une préoccupation majeure.

On note même un accroissement alarmant des agressions dont sont victimes les hommes et les femmes engagés pour la défense des droits fondamentaux en Colombie.
132 cas d'agressions contre des défenseurs ont été enregistrés entre janvier et mars 2018, dont 46 assassinats, soit 26 de plus que pendant la même période en 2017. Dans plus de 50 % des cas, les auteurs de ces agressions sont restés inconnus. Le rapport 2017 du programme Somos Defensores indique que les défenseurs les plus affectés par les menaces et les violences sont ceux qui agissent dans les zones rurales, particulièrement dans les territoires désertés par les membres des FARC démobilisés et qui sont l’objet de bien des convoitises. Les leaders des mouvements sociaux impliqués dans la défense des droits des victimes du conflit armé et des déplacements forcés, ainsi que les défenseurs de l’environnement, sont également particulièrement visés.

Le rapport 2017 de Somos Defensores impute la gravité de la situation notamment au manque de coordination institutionnelle dans la mise en œuvre de politiques de protection suffisamment efficaces pour garantir les droits des militants et appréhender les auteurs des attaques. Qu’en sera-t-il du sort des défenseurs colombiens dans les mois à venir ? La conjoncture politique n’incite pas à l’optimisme.

Véronique Rouault

 

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