Défendre les droits de l'Homme en Colombie, au risque de l'exil

 

2018 04 Howard berio interview

A l’été 2017, notre organisation accueillait Howard Berrio Gonzalez, son épouse Denis Elida Ramirez et leurs deux enfants, pris en charge par notre Fonds d’urgence pour les défenseurs des droits de l’Homme. Howard témoigne de son engagement comme défenseur des droits humains et des dangers auxquels il a été confronté en Colombie.

Pourquoi vous avez été contraint de quitter la Colombie ?

J’ai été obligé de quitter la Colombie avec ma famille en raison de la gravité des menaces dont j’ai été l’objet de la part des «Autodéfenses unies Gaitanistas» et des « Rastrojos », deux groupes paramilitaires qui opèrent dans mon pays en connivence avec l’armée. Ces menaces étaient dues à mon engagement au sein des mouvements de défense des victimes du conflit armé. J’assurais le suivi et le contrôle des politiques gouvernementales dans la mise en œuvre de la Loi 1448 (NB : Loi de juin 2011 édictant des mesures d’assistance et de réparation pour les victimes du conflit interne en Colombie) et notamment de la restitution des terres.J’étais Secrétaire de la « table départementale de participation effective des victimes » dans le département du Quindio, représentant de l’ONG Nuevo Amanecer et responsable de la campagne El Si por la Paz (« Oui à la Paix ») dans la commune de La Tebaida. En Colombie, la question de la restitution des terres est un sujet brulant car les conflits de territoires ont généré énormément de violences et occasionné le déplacement forcé de plus de 8 millions de personnes.

Comment êtes-vous arrivé en France ?

Nous sommes arrivés à Lyon le 20 juin 2017.. A l’aéroport, nous étions attendus par trois personnes, dont un militant colombien qui avait lui-même été accueilli en France AEDH, plusieurs années auparavant. La rencontre a été émouvante : quand on est confronté à l’exil, la chaleur humaine est quelque chose de très réconfortant.Nous avons été reçus au bureau d’AEDH où on nous a expliqué le soutien logistique et administratif que l’association pouvait nous fournir dans le cadre du Fonds d’urgence en danger qui avait financé notre voyage et notre relocalisation.

Quelle est votre situation actuelle et celle de votre famille ?

Il y a maintenant huit mois que nous vivons dans ce pays. Nous nous adaptons petit à petit à notre nouvelle vie : le climat, la langue, la culture, la nourriture, l’environnement…Nous sommes heureux car nous avons trouvé la paix et la tranquillité. Nos enfants sont scolarisés, mon épouse et moi apprenons le français et cherchons un emploi. Grâce à l’accompagnement infatigable de Daniel Parada (NB : membre du Conseil d’administration d’AEDH), nous avons pu affronter toutes les démarches administratives auprès de l’OFFI, de l’OFPRA, de Pôle emploi, du CADA etc. Nous venons d’obtenir le statut de réfugiés politiques. Je tiens à exprimer ma reconnaissance à toute l’équipe d’AEDH, à André Barthélemy, son fondateur, à Tim Hughes, son président, aux salariés et aux volontaires, pour l’appui matériel, financier et moral qui a été fourni à ma famille. Notre gratitude pour tant de solidarité est immense.

Comment voyez-vous la situation actuelle en Colombie et particulièrement celle des défenseurs des droits de l’Homme ?

Le processus de paix a abouti à un “accord” signé entre le gouvernement et les FARC, c’est à dire entre deux acteurs qui, ni l’un ni l’autre, ne pouvaient gagner la guerre et qui ne l’ont perdu ni l’un ni l’autre. Je vois avec beaucoup d’inquiétude que la restitution des terres aux milliers de paysans qui ont été dépossédés n’a pas réellement commencée. Sur ces terres aux mains de la guérilla, de paramilitaires, de narcotrafiquants et d’hommes politiques colombiens, se poursuit la mise en œuvre de « l’économie illicite » - le trafic de drogue, d’armes, de ressources minières - qui est la source de tant de souffrances : assassinats, disparitions forcées, violations des droits humains, recrutements de mineurs dans des groupes armés, mines antipersonnel… Le processus de réparations dues aux victimes n’a pas non plus donné les résultats espérés : on estime à seulement 14 % le nombre des victimes qui ont pu obtenir réparation depuis l’édiction de la Loi 1448. La situation des défenseurs des droits de l’Homme demeure très délicate. Nous tous, défenseurs des droits humains, porte-paroles de groupes sociaux, représentants de victimes, nous nous sommes vus attaqués physiquement,psychologiquement, verbalement. Avec pour conséquence un nombre historiquement élevé de morts et la terreur répandue dans nos familles. Il demeure très difficile d’assumer ce travail qui nous a été confié de veiller au respect des droits fondamentaux de tous ceux qui ne peuvent pas faire entendre leur voix.

 

 

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